Editorial
Michel de L'Hospital.
Morphée le surprit, là, au bord de l’eau. Un sommeil profond, sans rêve. Le soleil poursuivait sa course, les ombres changeaient d’orientation et s’allongeaient au fur et à mesure. Un bourdon étourdi se posa sur l’épi blond roux de la chevelure ébouriffée et son chatouillement le réveilla. Il se donna une tape sur le sommet du crâne, mais le bourdon était loin. Il se redressa, encoure tout engourdi, Il essuya le filet de bave qui avait coulé sur la commissure et le côté du menton. Il dormait toujours la bouche ouverte. Il ramassa son crayon dans l’herbe et son carton à dessin. Un craquement proche et un aboiement avivèrent son anxiété d’avoir ainsi tardé à rejoindre la maison familiale ; si son père était de méchante humeur, si sa mère était en panique, les cris suivis de la punition lui tomberaient dessus. Du degré de leur peur, dépendait l’importance de leur colère.
Un épagneul breton aux tâches rousses déboucha du sous-bois et se rua sur Yves. Il jappait de joie et le bousculait. Yves laissa tomber le carton à dessin, s’agenouilla et enlaça le cou du chien qui s’empressa de lui débarbouiller le visage à grands coups de langue bien mouillés. Yves s’essuyait en vain la figure, car le chien aussitôt relêchait. Les rires de l’enfant se mêlaient aux jappements joyeux.
Un craquement plus proche et le garde forestier s’avança. Il attrapa l’épagneul par le collier :
« Au pied, Glamor !
Son regard se durcit quand il se posa sur Yves.
Encore en vadrouille, gamin ! Tu n’écoutes donc pas ce que je dis !
Yves, contrit, baissa la tête.
Je me suis endormi.
Ouais ! Ouais ! Ouais ! Ce n’est pas ce que je te reproche et tu le sais. Je t’ai déjà dit de ne pas t’aventurer seul dans les bois.
Une larme perla, qu’Yves essuya d’un revers de main souillée de terre. Il ramassa son carton à dessin et marmonna :
Je voulais dessiner l’étang.
Qu’est-ce que je t’ai dit la dernière fois ?
Qu’il fallait faire attention, que je pouvais me noyer.
Le garde leva les yeux au ciel, soupira et envoya une bourrade sur la nuque de l’enfant pour l’intimer à la marche.
jeudi 30 juillet 200930/07/2009 12:16:46
Un zéphyr, léger et frais, frissonnait la surface sombre de l’étang, berçait les longues tiges des fleurs aquatiques, bruissait les feuillages, désordonnait la courte chevelure blond roux d’Yves qui rêvassait, pivotant son crayon rouge entre l’index et le majeur droits. Il était allongé à plat ventre dans l’herbe moussue et humide de la rive, Sa jambe droite rythmait le mouvement du crayon. Il avait amené son carton à dessin, mais ne l’avait pas encore ouvert. Son esprit avait d’abord été accroché par les silhouettes colorées, que le soleil avait peintes sur la surface irisée de l’étang et que le vent déformait à sa guise. Les sens d’Yves happaient un flot d’informations captivantes qui le ballotaient d’une rêverie à l’autre. Les odeurs de terre mouillée dans laquelle la végétation se putréfiait et de la vase qui teintait d’un vert brun opaque l’eau et qui s’insinuaient dans les sinus, irritaient l’arrière-gorge. Yves fermait les yeux pour mieux les humer, dilatait ses narines avec gourmandise, gonflait sa poitrine pour permettre à l’arbre de ses bronches d’emprisonner les senteurs. Ses oreilles enregistraient le bruissement du feuillage, le bourdonnement des insectes, le pépiement des oiseaux, le craquement d’une branche morte qui choit, la chute assourdie d’un fruit qui atterrit sur le sol pour l’ensemencer.
24/07/2009 12:41:25
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